La partie Harmon-Borgov, jouée entre Beth Harmon et Vasily Borgov lors du tournoi de Moscou en 1968, marque le point culminant de la série.

Elle est adaptée d’une partie jouée en 1993 entre l’Ukrainien Vassily Ivanchuk et l’Américain Patrick Wolff lors de l’Interzonal (tournoi qualificatif pour le championnat du monde) de Bienne. Cette partie s’est terminée par la nulle.

Le début diffère de la partie d’origine.

1.d4

Beth joue 1.d4 alors que d’habitude, elle ouvre par 1.e4, probablement en référence à la sixième partie du championnat du monde de 1972, où Bobby Fischer joua le gambit dame contre Boris Spassky alors qu’il jouait toujours 1.e4 jusqu’alors.

1…d5 2.c4

Le gambit dame, ouverture dont la série tire son nom (en version originale : The Queen’s Gambit).

2…e5

Comme dans le livre[1], Borgov joue le contre-gambit Albin, ouverture agressive qui n’est pas dans son style habituel. Il est possible que l’auteur ait voulu indiquer que Borgov n’entre pas dans le jeu de Beth en acceptant son gambit, mais au contraire, impose le sien.

3.e4?

Le coup normal est 3.dxe5. Ce coup, objectivement mauvais (3…dxe4 donne une bonne position aux noirs) suggère que Beth, à son tour, refuse le pion offert par Borgov et fait monter les enchères en en sacrifiant un autre.

3…dxc4

Un coup très improbable à ce niveau, mais indispensable pour transposer dans la partie Ivanchuk-Wolff.

4.♗e3 ♘f6 5.♘c3 ♘c6

Cette position est identique à celle de la partie d’origine après le cinquième coup noir.

Position de Harmon-Borgov après 5…♘c6

Ivanchuk-Wolff a commencé comme suit : 1.d4 d5 2.c4 dxc4 (gambit dame accepté) 3.e4 (variante centrale) ♘c6 (défense moderne) 4.♗e3 ♘f6 5.♘c3 e5.

Harmon-Borgov suit la partie d’origine jusqu’au trente-sixième coup noir : 6.d5 ♘e7 7.♗xc4 ♘g6 8.f3 ♗d6 9.♕d2 ♗d7 10.♘ge2 a6 11.♗b3 b5 12.a4 O-O 13.O-O ♕e7 14.♖ac1 ♘h5 15.g3 h6 16.♗c2 ♖ab8 17.axb5 axb5 18.♖a1 ♖a8 19.♗d3 ♗b4 20.♖xa8 ♖xa8 21.♕c2 ♗c5 22.♘d1 ♗d6 23.♘f2 ♘hf4 24.♖c1 ♕g5 25.♔h1 ♕h5 26.♘g1 ♘xd3 27.♘xd3 f5 28.♘c5 ♗c8 29.♖f1 ♘e7 30.♕d3 fxe4 31.fxe4 ♕g6 32.♔g2 ♔h7 33.♘f3 ♘g8 34.♘h4 ♕g4 35.♘f5 ♘f6 36.h3 (ajournement) ♕g6.

Position de Harmon-Borgov après 36…♕g6

Le 36ᵉ coup de Borgov était sous enveloppe, ce qui est invraisemblable car la plupart des cadences lui auraient imposé d’en jouer au moins 40. Cependant, ajourner à ce moment convient au scénario car il marque le moment où Beth améliore la partie Ivanchuk-Wolff grâce aux analyses de ses amis.

37.♘e6 ♖a4 38.♗3 ♖xe4 39.♘xd6 ♗xe6 40.dxe6 cxd6 41.e7 d5

Position de Harmon-Borgov après 41…d5

Coup imprévu par les secondants de Beth. C’est à ce moment qu’elle regarde le plafond, comme Ivanchuk le fait souvent, et visualise les pièces bien qu’elle n’ait pas consommé de drogue.

42.♗c5 ♕e8 43.♕f3 ♕c6 44.♗4 ♕e8?? (44.♔g8 était indispensable).

Position de Harmon-Borgov après 44…♕e8

Borgov propose nulle, suggérant qu’il a l’intention de répéter les coups (♕c6, ♕e8) et ne voit pas comment Beth pourrait progresser. Mais elle refuse, car elle a une idée en tête.

45.♕f5+ ♔h8

Position de Harmon-Borgov après 45…♔h8

46.♕xf6!!

Beth sacrifie sa dame contre un simple cavalier car elle a vu que les noirs ne peuvent empêcher la promotion du pion e7. Il y a peut-être ici une autre référence à la sixième partie de Fischer-Spassky 1972, dans laquelle Fischer joue 38.♖xf6, un sacrifice justifié par la force de son pion e6 soutenu par le fou c4.

46…gxf6 47.♖xf6 ♕h5 48.♖f8+ ♔g7 49.e8=♕

Position de Harmon-Borgov après 49.e8=♕

Beth a maintenant un fou de plus, grâce à son pion e7 qui s’est promu (est devenu une dame). Les noirs ont deux possibilités : soit échanger les dames et entrer dans une finale perdante (les blancs ont tout ce qu’il faut pour empêcher les pions noirs d et e d’avancer), soit harceler le roi blanc en espérant un échec perpétuel, situation dans laquelle les blancs n’ont aucune possibilité pour échapper aux échecs successifs des noirs, ce qui conduit inévitablement à une répétition de coups, et donc à la partie nulle. C’est le choix de Borgov.

49…♖e2+ 50.♔f1 ♕xh3+ (Borgov sacrifie sa tour car c’est le seul moyen de continuer de donner des échecs) 51.♔xe2 ♕g2+ 52.♖f2 ♕e4+

Position de Harmon-Borgov après 52.♕e4+

53.♔d2 1-0 (les noirs abandonnent).

Beth joue très lentement ce dernier coup, après lequel les noirs n’ont aucun échec, et aucune défense ne tient contre la menace ♖f7. Le seul coup qui ne donne pas la dame immédiatement est 53…♕g6, mais d’une part les blancs gagneraient facilement après 54♕xg6+ ♔xg6, et d’autre part, le gain est encore plus rapide après 54.♕f8+ ♔h7 (forcé) 55.♖f7+ ♕xf7 (forcé) 56.♕xf7+ ♔h8 (forcé) 57.♗f8 et 58.♕g7#.

Après avoir abandonné, Borgov applaudit Beth comme Spassky a applaudi Fischer après la sixième partie de leur championnat du monde en 1972.

Liens externes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]

  1. Walter Tevis, The Queen’s Gambit, Weidenfeld & Nicolson, Londres, 2016, p. 232.
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